
Je me remémore les mots de notre Bâtonnier Mario Stasi qui prenait le temps de recevoir ses jeunes stagiaires dans ce qu’il appelait les « Déjeuners du Bâtonnier ».
Il n’y avait pas les autres associés, ni les collaborateurs zélés, non… juste lui avec ses yeux qui pétillent, et nous les jeunes stagiaires qui n’avions même pas le CAPA et qui buvions ses paroles en mangeant la collation offerte pour l’occasion par le cabinet.
Aujourd’hui je me souviens plus particulièrement de cette histoire qu’il nous avait racontée sur le dernier recours en grâce qu’il avait pu plaider dans sa carrière.
Il nous avait révélé la solennité de cette plaidoirie intime qu’il devait mener seul face à la plus haute autorité de l’Etat : le Président de la République.
Il nous avait fait ressentir le poids d’un recours en grâce présidentielle, ultime recours ouvert pour son client alors qu’une cour d’assises avait définitivement condamné à mort ce dernier…
Il nous avait fait humer cette époque où l’art de convaincre pouvait littéralement sauver des têtes, sauver des vies… ou échouer.
Nous étions alors remontés dans ces temps où l’accomplissement d’un nouveau crime administrativement organisé dépendait ou non du talent de l’avocat pénaliste.
Drôle de sentiment que le nôtre lorsque le récit s’achevait : dans notre jeunesse certains ont peut être alors cru avoir le regret de ne jamais pouvoir vivre l’intensité de tels procès, d’arborer sur notre robe le poids d’une vie sauvée (ou sur notre âme celui d’une vie perdue)… mais avec 17 ans de barreau et quelques assises à mon actif je tiens aujourd’hui à remercier tous ces confrères qui nous ont précédés.
Merci d’avoir mené ce combat pour la suppression de la peine de mort désormais inscrite dans notre constitution, merci de nous avoir fait rentrer dans une autre civilisation.
Merci à tous ceux qui se sont battus, et merci à vous Confrère Badinter, vous que je n’ai pas eu l’honneur de connaître mais dont chaque mot résonne encore aujourd’hui, vous qui avez fait naître des vocations jusque dans le cœur de mon associée Laure Lizée qui fut l’une de vos étudiantes, vous qui avez formé ce jeune collaborateur François Binet avec qui j’ai eu la chance de travailler sur certains dossiers.
Vous dont nous sommes honorés de partager la même robe.
Au nom de tous, MERCI.
Votre confrère, Aurélien Aucher

